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Lettera des Anciens Combattants Italiens (ANCR ) dicembre 2010
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La Lettre des Anciens Combattants Italiens (ANCR ) dicembre 2010

 

Carissimi commilitoni ed amici,

sono a ringraziarVi per il vostro sostegno...ora continuo in Francese per rispetto a coloro che non capiscono l'Italiano, je voudrais remercier du fond du coeur, tous ceux qui ont pris une carte pour 2011, ce geste de soutien est très important. comme Anciens Combattants Italiens, nous étions morts, vous nous avez ressuscité! Ceux qui ne se sont pas inscrits qu'ils le fassent, ce n'est pas pour les 10Euros c'est pour sentir les italiens autour de nous les Vétérans!

 

Laissez moi vous expliquer... notre association dépend de Rome, les cartes-tessere nous viennent de Rome, le président par statut DOIT être, un ancien combattant...mais j'ai 95 ans! Tous mes compagnons d'armes, même les plus jeunes, ont plus de 80 ans... mais notre mission doit continuer...c'est quoi cette mission?! La mémoire ! Les tombes, les monuments aux soldats italiens de Lyon, ils ne peuvent être laissé en friches... le drapeau Italien doit être debout, à coté du Français, les tombes doivent être propres....se souvenir de ces soldats italiens en France, c'est se souvenir de vos parents, grands parents, restés en Italie... et nous nous battons encore pour cette dignité ! Merci à ceux qui nous soutiennent.. nous avons encore des valeurs, des principes, du respect... ma insomma dove siamo finiti figlioli ! L'association des frioulans nous a pris en charge pour les courriers, les travaux d'entretien, les drapeaux, mais ce n'est pas la même association, l'Associazione Combattenti e Reduci (ANCR) ce sont des Anciens Combattants Italiens (et amis) un point c'est tout! On pourrait (on voudrait)être aidés par les siciliens, les sardes, les apuliens, les vicentinis, les trentins etc car on représente TOUS LES ITALIENS, l'armée, les guerres, la.... mort des soldats, nous a soudés... En 2011 c'est le 150ème anniversaire de l'Unité d'Italie, les Anciens Combattants ont bâti cette Unité...et beaucoup de copains en sont morts ... je ne le dirais jamais assez!

 

Le drapeau Italien est très demandé aux nombreuses manifestations françaises, notre devoir est d'être présents, nous avons donc formé un groupe de porte-drapeau bénévoles et ce n'est pas facile... le 7 novembre au cimetière de la Guillotière il pleuvait fort, mais nos 5 porte drapeaux étaient tous présents, ensemble avec les porte drapeaux français, bravo!A la fin ils étaient tous trempés, stoïques et.. présents ! Certains sont tombés malades et pour le 11 novembre, au Parc de la tête d'Or, un seul a pu y aller, c'est un peu juste, l'Italie mérite mieux ! On cherche des porte drapeaux, si vous êtes disponible, contactez la coordinatrice Merina Ponis, elle sera présente à la fête du 5 décembre ou appelez la Maison des Italiens.

Suite au travaux de restauration du monument de la Guillotière nous avons découvert que la statue en marbre de Carrare (environ 12tonnes) est en danger; réalisée en 1925, les poutrelles en fer qui soutiennent l'ouvrage, sont désagrégées, des spécialistes (italiens de Lyon) sont venus étudier le problème et on va trouver des solutions.....les anciens nous ont légué un bien, et il faudra être capables de le garder.... ma che razza di italiani siamo ! Un po' di coraggio ragazzi ! Osservate cosa hanno fatto i vostri vecchi, e noi....???? !

 

Ci joint le discours que j'ai fait lire à la Guillotière, devant les autorités et un public nombreux malgré le mauvais temps, après la cérémonie il y a eu une Messe à la Chapelle du crématorium, un vin d'honneur à la Maison des Italiens, et l'après midi un petit groupe d'amis fidèles, a accompagné les drapeaux à la Nécropole Nationale de la Doua pour les cérémonies conjointes avec les Anglais, les Polonais et tous les autres.... retenez cette date! le premier dimanche après le 4 novembre, vous avez le devoir de participer, le matin à la Guillotière et l'après-midi à la Doua, ou au moins, à une des deux cérémonies...plus jamais le drapeau tout seul, c'est honteux !

 

Merci encore et soyez vigilants, de faction au respect, à la mémoire!

Votre président/Presidente Adelmo Pischiutta


Ecco il discorso:

Monsieur Christian COULON, Maire du 8ème Arrdt de Lyon, qui représente le Sénateur-Maire, Gérard COLLOMB

Monsieur le Lieut. Col. ROQUES qui répresente le Gouverneur Militaire de Lyon, Général de Corps d'Armée André HELLY

Monsieur Robert Batailly commandeur de la Légion d'honneur président de Ceux de Verdun

Monsieur Jean Perrier, délégué départemental de la Confédération Européenne des Anciens Combattants,

Madame Laura Bottà consul général d'Italie

M. Angelo Campanella président du Comites

Mesdames et messieurs, les autorités civiles, militaires, religieuses, les présidents d'associations, chers compatriotes, chers amis.

Si vous êtes là devant ce monument, c'est que vous avez du coeur, et que vous êtes des justes ! Merci !

 

Cette statue derrière moi, est une oeuvre majeure du sculpteur Vincenzo Pasquali, le sculpteur officiel de la Ville de San Remo, elle a été dernièrement restaurée, les gros des travaux ont été financés par la République Italienne, le financement a été obtenu grâce à l'appui direct du Consul Général d'Italie, ensuite des bénévoles italiens, issus du milieu associatif, ont suivi les travaux, et offert des journées de travail pour tous les petits travaux annexes, nous remercions vivement tous les intervenants.

Ce carré de terre bénéficie de l'extra- territorialité, car le président Edouard Herriot, a offert cette terre, à l'Italie pour y enterrer ses morts... morts en terre de France.

Dernièrement, nous avons demandé à la mairie de Lyon, de nous offrir une ''plaque de la mémoire'', qui explique un peu plus amplement la présence de ces tombes italiennes à Lyon, la plaque qui parle d'ambulances, n'est plus suffisante, l'histoire mérite un peu plus de détails, nous sommes certains que notre demande sera accueillie favorablement, en prolongeant ainsi, les volontés du président Edouard Hérriot.

J'ai 94 ans, bientôt 95, j'ai encore l'honneur, le devoir, et peut-être un peu le droit, de vous parler de ces jeunes soldats, morts à 20 ans, dans des terribles souffrances, je le fais avec l'espoir que les italiens de Lyon, gardent en mémoire ces 71 tombes, plus les 80 de la nécropole nationale de la Doua, et j'y mettrai toute ma force de conviction, car j'estime que le devoir suprême d'un homme, surtout d'un ancien combattant, est, de se souvenir!

 
Questo discorso é stato pensato e redatto in italiano, poi tradotto per rispetto alle autorità presenti, ma fra noi italiani voglio ricordarvi quella famosa frase attribuita a Massimo d’Azeglio nel 1861- « Fatta l’Italia, bisogna fare gli Italiani » –

In questo momento vorrei veramente che tutti noi, riuniti di fronte a queste tombe, ci sentissimo profondamente italiani, l'anno prossimo si commemora i 150 anni dell'unità d'Italia, questi giovani, sono morti, in nome di questa Unità, le armi, il sangue, la morte, li ha uniti, noi dovremmo sentirci uniti a loro come Italiani!


Je sais, les discours sonnent toujours creux.... c'est loin, c'est vieux tout ça...mais pendant la 1ère guerre mondiale, 9334 italiens ont versé leur sang en France , soit environ 5000 tués et plus de 4000 blessés..les gueules cassées... maintenant ils sont tous morts ...certes, le dernier italo-français, Lazzaro Ponticelli, a eu droit à un éloge national et son nom est gravé au Panthéon...oui, je sais,... c'est déjà loin, mais cette année encore, je vais vous prouver que ce ne pas si loin....voici mon témoignage..

 

Je suis né en janvier 1916, en pleine guerre donc, dans mon village, un certain Luigi est parti a 33 ans au front, il était marié et avait déjà trois enfants, son régiment était le 1er régiment bersaglieri, un corp d'élite, qui se reconnaît au chapeau garni des plumes du coq de bruyère, ce même chapeau, était porté par les soldats du général Lamarmora ,qui sont entrés à Rome par la brèche de Porta Pia, le 24 septembre 1870, Rome est alors, devenue la capitale d'Italie, 9 ans après les débuts des guerres, pour l'unité de l'Italie... Cavour, Mazzini, Garibaldi ces noms vous connaissez!

 

Bref, Luigi est envoyé sur le Carso, ce nom de lieu, est devenu un synonyme de désastre, de lieu ravagé, il est un des nombreux chemin des Dames de l'Italie, le Carso, est un plateau derrière Trieste, qui a donné le nom à une formation géologique, le Karst, pour Luigi c'était un plateau lunaire, avec des cailloux blancs, et des gouffres verticaux qui plongent dans les entrailles de la terre, le Foibe, qui ont englouti 20ans plus tard, des milliers d'hommes lors des purges de la 2ème guerre mondiale, mais restons en 1915, dans cette région, 12 batailles se sont déroulées, appelées les batailles de l'Isonzo, à chaque bataille on perdait 50/60mille hommes, Luigi n'enterrait plus ses copain, il les couvrait à la va vite, de chaux vive.

 

Son régiment avait été décimé, pire, ils n'étaient plus que 6 ou 7, on envoie ces miraculés, dans les lignes arrière, a Castelfranco Veneto, où on recompose vite fait, le régiment, appelé cette fois le 1er régiment bis, logique, et on les renvoie sur le Carso....cette fois c'était fini....comme à Verdun on n'échappe pas vingt fois à la faucheuse, Luigi appelle sa femme à Castelfranco, pour un dernier adieu... et il repart avec le 1bis..

 

Ce régiment est à nouveau massacré...mais Luigi lui, était toujours vivant... on était en 1917.. quoi faire de ces quelques fantomês? Il n'ont plus de régiment, on ne peut pas le renvoyer en enfer tout seuls... on déplace Luigi sur un autre front, un peu plus au nord, ils reste dans les lignes arrières du Monte Nero, encore un Verdun italien, c'est au pied de cette montagne, qu'un autre désastre se prépare, Caporetto ! Aujourd'hui Kobarid en Slovenie.

 

Les Autro-Hongrois défoncent le front à cet endroit, envahissent et occupent cette partie nord-est de l'Italie...Luigi est emporté par flot des troupes en débandade, il rencontre par hasard son frère Giuseppe, dit Zefin, sur le pont d'une rivière, l'Arzino, où il se disent adieu et se séparent, Giuseppe suit son régiment des Alpini, sur la ligne de défense de la rivière Piave, Luigi perdu, rentre à au village, il n'est plus très loin.

 

Il arrive à la maison, mais les autrichiens sont arrivés avant lui, la maison est réquisitionnée, plus rien à manger, les troupes affamées austro hongroises, avaient tout mis a sac, il est arrêté et affecté à consolider des ponts sabotés, sur le fleuve Tagliamento... un instant il pense pouvoir rester en Italie, mais la déportation l'attend, on l'envoie dans les environs de Cracovie, en Pologne... en plein hiver...

 

Sa femme reçoit une carte, mille fois lue cette carte usée, reste au milieu de la table, seul lien entre des êtres...un officier prussien, qui vivait dans la maison réquisitionnée, saisit la carte, regarde le tampon et s'exclame : ''mais c'est chez moi!''...une lueur d' espoir ... l'officier promet à l'épouse ,d'apporter des nouvelles et d'en ramener de Cracovie à la première permission... un rayon de soleil dans la nuit de la guerre, l'humanité n'était pas totalement morte!

 

Enfin, la guerre se termine, pour l'Italie c'était le 4 novembre 1918 ...Luigi toujours vivant, part de Cracovie en lambeaux, et termine la longue route à pied, le Carso était de partout, tout était ravagé, brûlé, détruit, ce que la guerre n'avait pas tué, la grippe espagnole l'avait fait... mais la mort n'avait pas voulu de Luigi.... et il est rentré! Au fait... qui était ce Luigi? Il s'appelait Luigi Pischiutta, et c'était mon père...les tombes derrière moi, sont les tombes de ses camarades, ne les oublions pas , je viens de vous prouver, que c'est encore trop tôt...trop tôt!